Trois jours dans les montagnes Tokyoïtes

J’ai vaincu ma flemme.
J’en profite donc pour lâcher cet article qui relate un trek de trois jours réalisé en juin dernier dans les montagnes Tokyoïtes (hé ouais, y’en a.), avec pour objectif principal l’ascension du Kumotoriyama, le point culminant de la préfecture de Tokyo (détail Wikipédia), avec une vue imprenable sur le fameux Fuji san qui, décidément, aime bien s’inviter sur mes dernières séries de photos.

Kumotoriyama-06

Il faut savoir que le mont Kumotori, 2017 mètres d’altitude, est difficile à atteindre car la plupart des points de départ de ce trek commencent dans la vallée, le téléphérique habituellement utilisé par les randonneurs étant hors service depuis un ou deux ans.
C’est donc par une interminable ascension de la chaine de montagne, 3h30, que j’ai commencé mon trek depuis le petit village de Mitsumineguchi, en suivant un sentier de pèlerinage réputé de Tokyo, jusqu’au temple de Mitsumine situé à environ 1100 mètres d’altitude (en réalité, un spot un peu touristique avec voie d’accès pour les bus).

Qui dit sentier de pèlerinage, dit chemin parsemé de petits autels purificateurs, avec parfois une clairière aménagée pour permettre le repos du voyageur:

Kumotoriyama-02

Ne vous fiez pas au petit côté paisible et rafraîchissant de cette photo. Le reste de l’ascension était purement hardcore, et en réalité ce type d’aire de repos ne s’est présenté que deux fois lors de la montée, le reste de la route ne comprenant qu’un chemin abrupt d’une inclinaison de 398% en pleine forêt (chaleur et humidité, donc.).
Bon j’insiste un peu car je dois avouer que cette première partie de trek, pas trop aidé par mon sac de 25kg, a fait pas mal de dégâts niveau physique et mental ce qui a conditionné en partie le reste de ma rando par la suite. J’admets d’ailleurs avoir un peu présumé de mes forces pour le coup.

Ah, d’ailleurs au moment d’entamer le chemin forestier, je suis tombé sur un gros panneau avec pleins de trucs écrits en gros et rouge, et une corde bloquant le passage. Ajouté à ça le panneau expliquant de se méfier des ours dans la forêt, j’ai préféré rebrousser chemin -45 minutes balancées aux toilettes- pour obtenir des explications de la part des villageois.
Mon japonais étant ce qu’il est, j’ai pu déterminer que je pouvais y aller mais « en faisant attention », sans savoir exactement quel était le problème. Des éboulis? Un glissement de terrain? Des rôdeurs malveillants? Des restes humains attendant l’analyse pour une reconnaissance ADN?
Que nenni, il s’agissait en réalité d’un simple pont effondré:

Kumotoriyama-01

J’ai quand même pu franchir l’obstacle pour continuer ma route.
Une fois au sommet de la première montagne, et après une rapide pause déjeuner réparatrice aux abords du temple de Mitsumine, j’ai entamé la seconde étape de la journée plus facile puisqu’il ne s’agissait en théorie « que » de sentiers en pente douce pour atteindre le Kumotori yama le lendemain en milieu de journée.
Mais ça, c’était sur le papier.

En réalité, cette seconde étape a consisté en une série interminable -encore- d’ascensions et de descentes le long de la chaîne de montagnes menant à mon objectif. Avec ce que j’avais pris dans la face le matin, j’ai sérieusement accusé le coup après environ 3 heures de marche, d’autant que je progressais plus lentement que prévu compte-tenu de la configuration du terrain. Ça m’apprendra à lire une carte topographique en diagonale.
Pour finir en beauté, le refuge sur lequel j’avais initialement prévu de passer la nuit étant fermé, sans possibilité de planter la tente puisque perché au sommet d’une montagne, j’ai été contraint de continuer ma route jusqu’au refuge suivant, situé au pied du Kumotori environ 2,5 km plus loin. Mais 2,5km en montagne hein.

Au final arriva ce qui devait arriver, je me suis retrouvé à devoir planter ma tente sur un sentier de crête aux alentours de 18h30, le soleil étant sur le point de se coucher.
Petite illustration le lendemain matin :

Kumotoriyama-04

Bref, j’ai évité de trop remuer dans le sac de couchage pour cette première nuit.

En bonus, le menu du soir : Soupe miso (le truc un peu dégueu sur la gauche), café et pâtes, saupoudré d’une cinquantaine de litre d’eau. Bon en vrai ça c’était dans mes rêves puisque j’ai dû me rationner, n’ayant à ma dispo que 1,5 litre de réserve et une matinée de marche devant moi le lendemain sans possibilité de me réapprovisionner sur la route.

Kumotoriyama-03

A noter que le soleil se levant très tôt en été au Japon (aux alentours de 4h du matin), j’ai été réveillé vers 5h par des randonneurs de passage qui devaient enjamber ma tente avec le vide à côté pour passer (Et d’ailleurs, d’où ils venaient pour arriver là aussi tôt? :x)
Me confondant en excuses et supportant les quolibets de ces marcheurs aguerris qui se doutaient bien que j’avais lamentablement échoué pour avoir été forcé de me poser là, j’ai rapidement rangé le matos pour repartir avant d’assister en direct à un glissé de papys-randonneurs.

Ayant cependant marché beaucoup plus que prévu la veille, l’étape du jour s’est avéré plus courte et donc facile, ce qui m’a permis d’arriver vers 9h30 au sommet du Kumotori.
/Win
J’aurais aimé vous montrer une belle photo d’une vue à couper le souffle, mais la loi de Murphy étant ce qu’elle est, j’ai évidemment été confronté à une chape nuageuse et/ou de condensation locale qui bloquait toute la vue.
Petite illustration, à quelques minutes de l’arrivée au sommet :

Kumotoriyama-05

Bon, je vais pas faire la fine bouche, le troisième et dernier jour j’ai eu la chance de profiter d’un soleil éclatant (du moins le matin) sur un sentier de crête dégagé et aérien me permettant de me rattraper pas mal sur la marchandise :

Kumotoriyama-07

Enfin, il ne fallait quand même pas que ça soit trop facile, j’ai donc eu le bonheur de profiter d’un orage et d’une pluie battante à mi parcours, ce qui m’a amené à modifier le trajet pour redescendre plus vite dans la vallée et couper court à la rando, parce que là ça commençait à ressembler à, si ce n’est à un truc dangereux, un bon vieux plan galère.
Ça ne m’a pas empêché de me gaufrer un certain nombre de fois suite à des glissades ou d’avoir quelques poussées d’adrénaline quand un éclair semblait pas tomber super loin, mais j’ai quand même pu arriver sain et sauf dans le petit village d’okutama-du-lac après une marche de 5 heures, quand même.
C’est dommage car le lac était magnifique, mais il ne m’a même pas traversé l’esprit de prendre des photos à ce stade, accaparé que j’étais par la pluie, le froid, la fatigue et la petite voix dans ma tête « dépêche toi de rentrer et vas prendre une douche, tu pues mec ».

De ce village j’ai pris un bus jusqu’à la ville d’Okutama puis le train jusqu’à chez moi, la CIVILISATION§

D’ailleurs encore maintenant, je ne réalise pas qu’à une heure de route du centre de Tokyo, on puisse trouver des coins aussi paumés et semi-sauvages.
En France on à quoi autour de Paris pour se dépayser, les champs de blés autour de Brétigny sur Orges, c’est ça?

Comme d’habitude, je vous invite à consulter l’album photo complet de mon trek, pour profiter de la jolie vue en HD de mon parcours.

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2 réflexions au sujet de « Trois jours dans les montagnes Tokyoïtes »

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