Vivre avec les séismes

Même si on y pense toujours un peu, quand on débarque de sa région parisienne où la seule catastrophe naturelle possible est celle d’un déraillement de TER, la première rencontre avec un séisme fait toujours un peu drôle.

C’est vrai, le Japon est un pays de tremblements de terre et on a beau se le dire avant de se payer le billet d’avion, on ne réalise ce que ça implique sur le quotidien que lorsqu’on y est vraiment confronté, même s’il faut toujours faire la part des choses entre le fantasme et la réalité : la terre tremble, mais c’est pas si souvent ni même si violent que ça (les quelques uns que j’ai pu expérimenter m’ont a peine réveillé/dérangé).

Pour l’instant.

le Japon attend effectivement son propre « big one« , celui qui renverra les habitants de la zone concernée à l’âge de pierre, et pour cela des mesures ont été prises, des règles établies, les gens préparés, ce qui conditionne en arrière plan pas mal de petites habitudes du quotidien pour le japonais moyen.

Le Tokyo Skytree, 634m.  Les séismes? Même pas peur.

Le Tokyo Skytree, 634m. Les séismes? Même pas peur.

Pour commencer avec le plus évident, il existe ici des normes draconiennes pour ce qui est de la construction parasismique avec des immeubles capables de résister à des tremblements de terre qui s’ils devaient arriver en France, enverraient la tour Eiffel sur orbite. Je pense notamment au séisme du 11 mars au Japon qui, malgré les dommages et pertes en vies humaines occasionnés par le tsunami qui s’en est suivi, n’a eu que peu de conséquence sur les infrastructures, notamment à Tokyo où les vibrations n’ont occasionné que des dégâts très légers. A ce stade, je crois qu’on peut d’ailleurs dire que le Japon est le pays le plus à la pointe de la construction parasismique, ce qui est plutôt rassurant quand on voit la taille de certains buildings.

Mais si les édifices disposent de bases solide, les intérieurs sont également souvent aménagés en conséquences avec la présence récurrente de meubles encastrés dans les murs, détecteurs incendies et extincteurs en grands nombres, escaliers de secours extérieurs au bâtiment, échelles d’évacuations par les balcons tous connectés les uns aux autres, etc.
Les habitants sont de plus fortement encouragés à prendre les dispositions nécessaires comme par exemple d’éviter l’ameublement de la chambre à coucher ou la pose de cadres photos aux murs, à fixer les meubles au mur ou au plafond à l’aide d’outils adaptés ou encore la pose de patins anti-glisse sous chaque meubles de la maison.

En addition à des bâtiments robustes, les Japonais sont préparés dès l’enfance à toute éventualité lors des exercices de protection à l’école, poursuivis tout au long de la vie adultes par le biais des exercices en entreprise et à l’échelle nationale avec le « Disaster Prevention Day » (Jour de prévention des catastrophes naturelles) qui a lieu tous les ans à la date anniversaire du plus grand séisme jamais enregistré par le Japon (140 000 morts), le 1er septembre. Et là vous comprenez pourquoi je publie cet article aujourd’hui :p
J’ajouterai aussi pour la forme que le réseau téléphonique propose également un système d’alerte qui, quand il le peut fait sonner automatiquement tous les téléphone/smartphone de leur détenteurs quelques secondes avant le déclenchement d’un séisme. Et pas de problèmes, le type de tonalité utilisée, digne des films de tortures auditives les plus gore, laisse tout à fait entendre qu’un truc inhabituel va arriver.

Au niveau politique et économique des mesures ont également été prises pour organiser les villes dans l’éventualité d’un séisme de grande ampleur puisque de nombreux points d’informations orientent les habitants sur les procédures à suivre en cas de besoin, notamment les indications permettant de rejoindre sa zone d’évacuation attitrée (dépendante du quartier d’habitation), le plus souvent un parc ou une grande aire dégagée et approvisionnée en nourriture, généralement stockée dans un bâtiment public ou communal.
Il est aussi très facile de s’informer (y compris en français) sur les implications d’un séisme, je pense notamment à un simulateur de tremblement de terre disponible à Tokyo, qui propose d’expérimenter diverses situations critiques tout en expliquant les initiatives à prendre pour les surmonter. Un article du blog d’un confrère en parle beaucoup mieux que moi.

Le "kit de survie" comprend tout le nécessaire à un semblant d'hygiène pour trois jours. Après...

Le « kit de survie » comprend tout le nécessaire à un semblant d’hygiène pour trois jours. Après…

La préparation va cependant encore plus loin. De nombreux journaux, programme télés, documents communaux ou gouvernementaux rappellent régulièrement la nécessité de s’équiper à la maison pour être en mesure d’affronter un événement apocalyptique. Ainsi chaque habitation, ou presque, dispose-t-elle de son petit kit de survie dans un ou des sac(s) à dos bourré(s) d’équipements et rations de nourritures permettant de vivre en autonomie pendant trois jours.
Au passage, il est intéressant de noter que beaucoup d’outils nécessaire à l’autonomie sont exactement les même que ceux que je peux utiliser pour mes longues randonnées.
C’est, certes, logique, mais ça m’a permis de faire quelques économies lors de la préparation de mon propre kit en plus de m’auto-satisfaire d’un « éwé, j’le savais bien qu’on avait besoin de ça pour survivre tavu ».

La rayon séisme d'une grande enseigne japonaise.

La rayon séisme d’une grande enseigne japonaise.

De la nécessité de s’équiper découle la présence dans chaque grand magasin digne de ce nom d’un petit rayon séisme pour le plus grand plaisir de mon petit côté survivaliste.
Si l’on y trouve des éléments classiques tels que des rations en boites+réchaud, couvertures de survie, trousse de premiers-secours, couteaux suisses et autres lampes-torche, on trouve également pas mal d’outils auxquels on ne pense pas en premier lieu, comme par exemple les toilettes portatives (c’est vrai que faire caca dans un coin de l’appart sans eau courante, ça doit pas être super cool), la lampe-radio-chargeurd’iphone rechargeable à la main (la radio est un « must have » pour suivre les informations en cas de disparition des réseaux telecom) ou encore le casque de protection qui-se-range-dans-le-sac-à-main. Liste non exhaustive.

Vous avez désormais un petit aperçu de la préparation des japonais aux tremblements de terre.

D’ailleurs j’ai sûrement omis quelques détails, mais avec cet article je souhaitais démontrer à quel point les Japonais sont parés à de nombreuses éventualités, pour un pays menacés par les catastrophes naturelles en permanence (Pas que les séismes et les tsunamis: typhons, innondations, volcanisme sont des évènements récurrents de l’histoire nippone) ce qui explique peut-être en partie pourquoi ils semblent réagir avec calme lorsqu’un événement de forte intensité frappe le pays.

D’un point de vue personnel, même si j’ai conscience que la nature aura forcément le dernier mot et que malgré toute la préparation possible on ne pourra jamais empêcher, s’il devait se présenter, un désastre quel qu’il soit et où qu’il soit, j’ai au moins l’impression de vivre dans une société qui a su se développer et prendre des mesures efficaces au fil des catastrophes, ce qui en soit est -un peu- rassurant, et permet de vivre un peu plus sereinement avec cette épée de Damoclès quotidienne au dessus de la tête.

Et puis au final, il est probable qu’on ait plus de chance de finir écrasé par un bus qu’aspiré par une faille béante issue d’un mégaséisme, alors autant autant faire avec. Et bien regarder à droite et à gauche avant de traverser la route.

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